Le tambour-bodhran avait assourdi plus d'une oreille normande, ce dimanche-là...
La cornemuse et le flutiau avaient régné sur Caen, en ducs éphémères d'une cité conquise par la "Shamrock Army" qui accompagnait - partout - chaque déplacement des Renegades.
Une vague nord-irlandaise avait déferlé sur le Calvados, et il y avait presque des relents de "stout" dans le cidre fermier !
De nombreux supporters de Belfast - Bénédiction des cafetiers - figuraient donc parmi les 8443 spectateurs payants qui animaient, dans une ambiance "bon enfant", les tribunes du stade flambant-neuf de la Triperie.
Premier match officiel des Bouchers-Abattants
Sidoine Benoît et son staff avaient la pâleur d'un jambon de supérette, sur les écrans géants de
l'arène.
Le jovial maire de Caen, Louis Mexandeau III, avait choisi de lutter contre le stress à coups de pommeau, de
poiré et de calva.
Nous croyons savoir qu'il est la première personnalité de l'histoire du sport à s'être auto-défenestré depuis un salon de tribune VIP. Une chute libre diffusée en direct et en mondiovision dans
plus de 140 pays...
[Le service
réanimation du CHU de Caen a donné des nouvelles rassurantes de Monsieur Mexandeau, lequel a donc spectaculairement ouvert la saison des Bouchers-Abattants, qui savent lui devoir
beaucoup]
- - - - - - - QT1
Sans doute inspiré par l'action remarquable du notable, le prometteur Julien Sebag - bien épaulé par le petit Manneville - amenait prestement le ballon en zone bonus en se jouant d'une
défense irlandaise acharnée au tabassage de quelques leurres. Il fallut clairvoyance et détermination au (bien-nommé) Renégat J. "Chicot" Leroux pour mettre un terme (en deux plaquages
consécutifs parfaitement assurés) à ce premier temps-fort offensif des Bouchers-Abattants.
La viande irlandaise avait été
piquée. 3-0 pour les locaux.
- - - - - - - QT2
La première attaque irlandaise fit rugir le stade entier de plaisir, puisque la balle fut complètement mise de côté, ignorée, oubliée, de manière à ce que huit joueurs
puissent convenablement s'expliquer au centre du terrain. Le Renegade Leroux, balle en main, et le Boucher Sebag - en position de libéro - encourageaient les gladiateurs qui se
distribuaient joyeusement mandales et plaquages, coups de tête et fourchettes à la limite de la régularité.
Match nul dans le domaine de la violence déchainée. Score figé.
A la mi-temps, on vit une scène magnifique : L'Irlandais Wallis aida Louis Warsmann à ramasser ses dents en case 23. Un
geste de nature à émouvoir les socios caennais, qui firent envoyer dans l'heure à Madame Wallis - by plane - un lot non périmé (!) de steak haché 100 % pur muscle, sans adjonction de sel
!
Le match reprit lorsque les supporters des Renegades acceptèrent de s'éloigner des buvettes de la Triperie. Après
dissipation des gaz lacrymogènes, donc.
- - - - - - - QT3
Galvanisés par le charisme quasi-rogerhaninien de leur coach Sidoine Benoît, décomplexés par leur bonne première mi-temps, les Normands reprenaient le match à cent à l'heure.
Clément Billet envoyait
une longue passe dans la direction approximative d'éventuels receveurs survivants. On vit alors le jeune Younes Cravello s'arracher au vice et à la violence des Renegades, pour se ruer sur la
balle qui avait survolé la traditionnelle mêlée centrale. Le souffle de Hilbe sur sa nuque (L'irlandais tentait un retour désespéré) ne troubla pas le blitzer qui connut le bonheur de
marquer son premier but dans la ligue dès...le premier tir. 8-0
pour les Bouchers !
[Cravello, un homme qui sait gérer la pression...et la concurrence puisque Caen (doutant de ses qualités) venait de
s'offrir les services du suédois Oliver Wikander pour près de 1100 euros]
- - - - - - - - QT4
Un coup dur pour les Belfast Renegades qui décidèrent, en quatrième période, d'un baroud d'honneur...sous forme de rush !
Les rudes leçons d'Athènes (défaite 10-0) et un exemplaire de "La défense pour les nuls" dédicacé par Fradeb permirent aux Caennais de répondre relativement efficacement à la manoeuvre, et Julien
Sebag limitait dans un style puissant le porteur Wallis à 1 point.
Fin
d'un match intense (intérêt 1467) . Score définitif 8 - 1 pour les Locaux.
Il fallut un plaquage d'Adam Lanteri pour arracher Sidoine Benoît à la contemplation béate, quasi-mystique du panneau
d'affichage.
La présence de la franchise normande en ligue professionnelle d'ultraball n'apparait plus comme une plaisanterie, ou un simple coup commercial.
Il faudra bel et bien composer avec leurs tripes...