Mardi 7 octobre 2008
[*Les danses normandes sont pour la plupart des rondes chantées connues sous le nom de..."branles", d'où "pas de branle".
Détails du branle normand ici :
http://www.marcosalcolea.com/eurorhythm/docs/FRANCE.pdf ]

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Open League 2116 - Semaine 7

Kermetz Breizkillers (0) / Caen Bouchers Abattants (18)

L'imposant Sidoine Benoît, couperose radieuse et ventre généreux, pénètre d'un pas presque aérien dans la salle de presse du Chouchen Stadium, à présent vidé de 8278 supporters bretons passablement écoeurés.
Rapide poignée de main à un journaliste caennais réputé pour la subjectivité totale de ses commentaires, sourire timide à destination des rangs clairsemés de la presse locale et internationale, évaluation discrète de la présence féminine...
Le manager "visiteur" s'installe, toussotte, tapote le micro et entreprend d'accomplir son devoir.
Début de conférence poussif.
Benoît a fait quelques progrès dans l'exercice imposé de l'interview d'après-match mais sa réserve, sa prudence - et une certaine lenteur - n'en font pas un "bon client".
Si l'ancien moine, l'ex-boucher itinérant peut - en familière compagnie - se faire presque l'égal d'un Reichmann ou d'un Drucker (figures antiques de l'éloquence), micros tendus, caméras à l'affût (et décolleté pigeonnant d'une brunette au premier rang) ne manquent pas de produire sur lui un effet tristement inhibant.
Sidoine bredouille. Sidoine rougit. Sidoine transpire et essuie ses grosses mains sur son pantalon de velours cotelé. Sidoine n'ose plus regarder le premier rang.
Banalités et platitudes s'enchaînent à rythme lent. Le vieux pays des bardes n'inspire guère le coach caennais.
La chute soudaine d'un journaliste endormi fait sursauter tout le monde.
Une montre sonne, et met un peu d'ambiance dans la salle.

Quelques carafons de boisson locale sont amenés à la table de l'orateur mou, présents généreux - et fort bien accueillis - de la délicieuse propriétaire des Kermetz Breizkillers, Mademoiselle Kely Diote.
- "Héhé..on sait recevoir, chez nos voisins bretons..."
La main a cessé de trembler, en se posant sur l'anse.

L'ambiance devient franchement conviviale, récréative, lorsque Sidoine Benoît fait circuler remontant et gobelets dans toute la salle. Chacun est heureux d'échapper, pour un instant, à la pénibilité d'un entretien lénifiant.

La pause chouchen perdure. Mademoiselle Diote a été généreuse en hydromel.

Sidoine, manager vainqueur et homme abreuvé, semble avoir progressivement gagné en assurance. Le timide devient bavard.
Son débit gagne en rapidité. Son oeil ne fuit plus jupes courtes et balcons garnis. Ses gros coudes se posent franchement sur la table et son regard s'anime...
Il revisse d'un geste viril sa "casquette sponsor" sur son crâne et, d'une voix forte, redonne sens à l'interview...

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- "Je suis ben fier des gars qui ont, encore une fois, tout donné.
Ceux qui croyaient qu'on allait se faire botter le cul hors de nos bases n'ont plus qu'à manger leur chapeau, si je puis me permettre...
Au-delà du score [18-0], je retiens la manière et l'état d'esprit. On a produit, ce soir !
Du bonus, du kill, des buts...
On a prouvé qu'on pouvait "frapper" de toutes les manières possibles.
Les Breizkillers présentaient  peut-être une équipe diminuée, mais il fallait tout de même réussir à imposer notre jeu dans leur antre ! Je crois que ce soâr, on a su en exprimer toutes les composantes avec bonheur !

- Réussite maximum, quand même, Monsieur Sid' ! Objecte un Breton accrédité.

- Réussite ? Si obtenir d'un gars qu'il fasse simplement son boulot s'apparente pour vous à de la chance, alors je vous conseille de ne jamais devenir patron ah ah ah !
Les systèmes ont été productifs parce que les gars se sont appliqués. Ils ont été sérieux et...

- Kant on foit le provil de zes garzons, on z'étonn-heu qu'ils puizent êtr-heu auzi produktifs ! Remarque sournoisement un observateur étranger.

- Hé toi, le Goth, encore un mot de ce genre sur mes gars et tu découvriras qu'on peut apprendre le close combat en Abbaye, entre Matines et Laudes !
C'est un travail acharné qui a fait du petit Billet un passeur respectable (3 passes, 1 assist), et il a fallu beaucoup de boulot pour développer sa belle relation avec le blitzer Younes Cravello.
Sur un plan sportif, évidemment, ne souriez pas comme des crétins...



[En photo : Christophe Billet. Représente peut-être l'avenir de la franchise caennaise au poste de Quarterback, mais pas celui de la coiffure française.

M = 4
QT = 8
PA = 18
A = 1

23 ans, 1,81 m
Passe : 32 ]


- Billette, Clavello..parlons-yen youstément !

- Ah ça vous énerve, hein, de voir deux types surgis de nulle part, des chèvres, des brêles, des bouses sortir des matches d'anthologie ! Manquerait plus qu'ils soient dans l'équipe de la semaine ces deux là héhé !
Je vous invite à aller voir Cravello sous sa douche. Le portrait craché de Saint-Virenque.
Large comme ma main et une tête de furet. Mais quel coeur !
C'est ça le secret de ces gars...
Ah...le petit Cravello...
En voilà un que la conccurence a aiguillonné ! Lorsque j'ai engagé Wikander le Viking, je pensais que Younes serait juste bon à servir de cintre, en vestiaire.
Il est devenu indiscutable à son poste et l'idole de la Tripière, à ma grande surprise.

- Vous croyez que Younes Cravello va briller encore longtemps ?

- S'il garde cet état d'esprit et s'il évite les chocs frontaux...

- Il est frachile à ze point ?

- Je redoute à chaque quart temps offensif d'entendre comme un bruit de chips croqué sur le terrain.

- A part vos deux as...d'autres motifs de satisfaction, coach ?

- On a des chercheurs qui cherchent, des joueurs qui jouent, des supporters qui supportent, des administrateurs qui...

- Pitié !

- La machine Bouchers-Abattants tourne rond, pour l'heure. Nous avons d'ailleurs commencé à former les Cravello et les Billet de demain en ouvrant un centre de formation. Mais on ne s'enflamme pas, c'est pas le genre de la maison. Et puis, il faudra bientôt aller galérer à Mourmelon, et se coltiner - en plus du bled - des Dragons affamés. Ce sera dur de tirer des lardons de telles bestioles...

- Vous n'avez pas évoqué la signature d'un nouvel étranger...

[En photo : Quoc Khahn Luong. Le bloqueur chinois est venu terminer sa riche carrière à Caen.
A testé les méthodes françaises d'épilation du torse. Ne s'en est jamais tout à fait remis.
M = 1
QT = 3
K = 1
PT = 3

28 ans, 1,80 m
Combat : 31]


- Après Oliver Wikander qui nous a apporté...heu...nous a apporté beaucoup de fraîcheur, on a eu l'opportunité de faire venir le bloqueur chinois Quoc Luong. On a tenté le coup, et on a l'a eu. Quoc, c'est un pari sur le court-terme.

- Ce n'est pas une grande affaire ! Ce vieux cheval ira à l'abattoir en fin d'année et on ne voit pas comment il pourrait s'adapter rapidement à une équipe de bleus et à un régime alimentaire basé sur le gras.

- Et si je te dis que Quoc Luong sous ses nouvelles couleurs, c'est un match...trois points et un kill, tu réponds quoi, blaireau ?

- Huuu...

- Le Chinois est venu faire profiter le groupe de sa grosse expérience. Tout le monde l'adore et sa mémoire de 5 lui permet de s'attaquer déjà, à la lecture de Oui-oui en langue française. Il a trouvé un appartement à la Pierre-Heuzée et son visage n'exprime jamais que le bonheur. Il est chez nous comme un Quoc en pâte. Pigé ?

L'arrogance virulente et l'humour douteux de Sidoine Benoît, vilainement stimulés par l'absorption rapide de plusieurs cruchons de chouchen, jettent un froid soudain sur la petite assemblée.
Le flux de question se tarit d'un coup.
Le silence perdure, bientôt rompu par le raclement de la chaise de Benoît, qui se lève et quitte la salle...revient pour récupérer ses pichets...et repart en arborant un air très digne, quoique légèrement violacé.
On l'entend s'éloigner, chantonnant dans le couloir menant aux vestiaires...

"Ils étaient quatre pauvres diables
Qui n'avaient rien pour se chauffer
Ils ont tous chié sur la table
Et s'sont chauffé à la fumée.

Il ont des chapeaux ronds
Vive le Bretagne
Il ont des chapeaux ronds
Vive les Bretons"

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- "L'a un peu chopé le melon, commente peu après un reporter du "Sun of Morbihan".

- S'il était Breton, y'aurait déjà une galette à son nom, rétorque Hervé Lecocu, "journaliste" arborant un pin's caennais.

- Une galette à l'andouille, pour sûr !

- On s'en régalerait, par chez nous, au Mont-Saint-Michel, héhéhé...

- Sale vache de Normand !

- Gros porc de Breton !

S'ensuit une bagarre général opposant les presses régionales.

Les caméras n'en ratent rien. La rixe consolera peut-être les holo-spectaeurs d'un match limité à un intérêt de 1110.

Générique envoyé sur un dernier plan de Lecocu retirant des morceaux de carafe de son cuir chevelu.

 

 

 

Par Sidoine Benoît - Publié dans : Any given sunday
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