Mercredi 3 septembre 2008





Caen, Septembre 2116.

Les membres de la coopérative des Bouchers Abattants bas-normands, étroitement associés aux Maîtres-Tripiers du Calvados et à la confrérie des Bouilleurs de Cru du Pays d'Auge, parviennent, contre toute attente, à assembler les fonds nécessaires à la création d'une franchise d'Ultraball...






Logistiquement épaulés par la Ville de Caen et son maire visionnaire (Louis Mexandeau IV), financièrement appuyés par les groupes Hèle&Vire (partenaire officiel), Père Magueule (sponsor maillot) et le fonds d'investissement Drucker&Douillet (mafia locale), ces hommes résolus et travailleurs ont méthodiquement balayé obstacles, réticences et moqueries originelles, comme on racle patiemment la carcasse d'une génisse.
La mobilisation du monde rural, la détermination de tout un corps de métiers, des collectes régulières, un lobbying actif et le recours occasionnel à la chevrotine (appui grâcieux des sociétés de chasse de Normandie) ont permis d'accomplir l'improbable miracle...

L'Equipe titre, le matin même : "Pas de Waterloo pour les Abats"...

"Boucheries en perspective"
commente sobrement - et vicieusement - Ouest France.

"La Normandie profonde, celle des tripes, du lait-cru et du calva s'est dressée pour combattre" commente, non sans lyrisme, un touriste belge.

"Sacré coup de pub...on devrait peut-être s'en inspirer", murmure un ostréiculteur.

Affluant de Bayeux, Villers-Bocage ou Falaise, paradant depuis les confins mêmes de l'Orne ou de la Manche, des bus spécialement affrétés ont conduit les triomphateurs du jour jusqu'à l'ancienne cité ducale, fort étonnée de cette terreuse invasion, hors jour de marché.
Assemblés dans la grand-salle du Palais des Congrès, l'oeil brillant et le cheveu plaqué sous l'éternelle casquette plate à carreaux, puissants bouchers, charcutiers habiles, éleveurs avisés et chasseurs tenaces acclament à présent l'un des leurs, Sidoine Benoît - Père du projet - qui lève bien haut, en un geste triomphal et presque digne d'une fresque florentine, le chèque que les délégués de l'ASBC s'en iront porter dès le lendemain au président de la Fédération internationale d'Ultraball.
Au Kazakhstan.

Un vieux cuiseur de tripes - un solide gars d'Urville - se trouvant soudainement gagné par l'émotion, efface discrètement la larme qui perlait par-dessus ses joues rouges.
Un conserveur virois lui tapote affectueusement l'épaule :
"On y est", lâche-t-il simplement. "Et on va faire parler de nous".

Bientôt, en effet, la découpe bouchère de qualité, les tripes à la mode de Caen et le calvados millésimé disposeront d'une vitrine exceptionnelle : l'Open League du championnat d'Ultraball.
Défi à la généralisation de l'alimentation de synthèse.
Les Bouchers Abattants porteront les couleurs d'une ville, d'une région et d'un monde rural aux abois.
Ils devront montrer - à chaque match et en mondiovision - qu'en matières de tripes, les Normands sont sans égaux !

Par Sidoine Benoît - Publié dans : Une vitrine pour la découpe bouchère
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Samedi 6 septembre 2008


Interview [Extraits] de Jean-Michel Lebru, trésorier des Bouchers de Caen, et président d'honneur du groupe de supporters ultras "Brutal Cider".
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Antoine Mussiant, rédacteur en chef du "Boucher Volant" - magazine officiel du club - mène l'interview en usant du ton complice qui a fait de Laurent Boyer, par delà les siècles, le Père du Nouveau Journalisme.


AM : Mais dis-moi Jean-Mich', comment vis-tu le fait d'avoir quitté ton exploitation agricole de la Manche pour venir t'installer ici, dans ces locaux flambants neufs, qui furent autrefois, je crois, une salle de spectacles. (NDLR : Un Zénith) 
Pas trop...hoho...dé-"paysan" ? * Gloussement *


JM L : Ben écoute, le gars Mussiant, faudra p'tet un temps d'adaptation - j'ai été éleveur et boucher abattant pendant 30 ans - mais...fondamentalement, gérer le budget d'un club ou celui d'une coopérative...y'a pas grande différence.
Pis tu sais, c'est la passion qui anime tout l'encadrement des Bouchers. Si la passion vient épauler du bon sens en action, ça peut donner d'excellentes récoltes.


AM : Tu crois qu'on peut mélanger, dans le milieu ultraball, raison et sentiments ?


JM L : On m'a confié la trésorerie de ce projet énorme - On est que'q'z'uns, dans l'métier, à s'être mis en slip - pour cette raison simple et lumineuse que mon exploitation obtenait d'excellents résultats financiers. Or, le secret de ce succès reposait déjà sur...l'amour.
Tu vois petit, j'aime mes vaches, et j'aime mes joueurs !

Certains se demandent encore, à Valognes, comment je peux autant bichonner mes bêtes pour ensuite les faire tuer. Mais quand j’emmène une bête à l’abattoir, ce n’est pas fini pour moi. Je vois déjà sa carcasse pendue à l’abattoir, belle, bien finie, bien conformée. Et je sais, alors, que les consommateurs seront contents. Si le client m’appelle pour me féliciter, je suis heureux : ma bête a fait un bon parcours. Je suis sentimental… sinon je n’aurais pas de photos de mes vaches*.

Avec les joueurs, c'est pareil. D'ailleurs, si tu pouvais m'aider à installer tous ces cadres-photos..

AM : Oh mon dieu...

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* Libre transposition d'un article véritable, consultable sur le site "Avenir agricole" :
http://aveniragricole.net/site/index/index.php?page=information&ss_page=article&iid=1031


Par Sidoine Benoît - Publié dans : Le Boucher Volant
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Mercredi 24 septembre 2008

Le tambour-bodhran avait assourdi plus d'une oreille normande, ce dimanche-là...
La cornemuse et le flutiau avaient régné sur Caen, en ducs éphémères d'une cité conquise par la "Shamrock Army" qui accompagnait - partout - chaque déplacement des Renegades.

Une vague nord-irlandaise avait déferlé sur le Calvados, et il y avait presque des relents de "stout" dans le cidre fermier !

De nombreux supporters de Belfast - Bénédiction des cafetiers - figuraient donc parmi les 8443 spectateurs payants qui animaient, dans une ambiance "bon enfant", les tribunes du stade flambant-neuf de la Triperie.


Premier match officiel des Bouchers-Abattants


Sidoine Benoît et son staff avaient la pâleur d'un jambon de supérette, sur les écrans géants de l'arène.

Le jovial maire de Caen, Louis Mexandeau III, avait choisi de lutter contre le stress à coups de pommeau, de poiré et de calva.
Nous croyons savoir qu'il est la première personnalité de l'histoire du sport à s'être auto-défenestré depuis un salon de tribune VIP. Une chute libre diffusée en direct et en mondiovision dans plus de 140 pays...

[Le service réanimation du CHU de Caen a donné des nouvelles rassurantes de Monsieur Mexandeau, lequel a donc spectaculairement ouvert la saison des Bouchers-Abattants, qui savent lui devoir beaucoup]


- - - - - - - QT1
Sans doute inspiré par l'action remarquable du notable, le prometteur Julien Sebag - bien épaulé par le petit Manneville - amenait prestement le ballon en zone bonus en se jouant d'une défense irlandaise acharnée au tabassage de quelques leurres. Il fallut clairvoyance et détermination au (bien-nommé) Renégat J. "Chicot" Leroux pour mettre un terme (en deux plaquages consécutifs parfaitement assurés) à ce premier temps-fort offensif des Bouchers-Abattants.

La viande irlandaise avait été piquée. 3-0 pour les locaux.
- - - - - - - QT2
La première attaque irlandaise fit rugir le stade entier de plaisir, puisque la balle fut complètement mise de côté, ignorée, oubliée, de manière à ce que huit joueurs puissent convenablement s'expliquer au centre du terrain. Le Renegade
Leroux, balle en main, et le Boucher Sebag - en position de libéro - encourageaient les gladiateurs qui se distribuaient joyeusement mandales et plaquages, coups de tête et fourchettes à la limite de la régularité.
Match nul dans le domaine de la violence déchainée. Score figé.


A la mi-temps, on vit une scène magnifique : L'Irlandais Wallis aida Louis Warsmann à ramasser ses dents en case 23. Un geste de nature à émouvoir les socios caennais, qui firent envoyer dans l'heure à Madame Wallis - by plane - un lot non périmé (!) de steak haché 100 % pur muscle, sans adjonction de sel !


Le match reprit lorsque les supporters des Renegades acceptèrent de s'éloigner des buvettes de la Triperie. Après dissipation des gaz lacrymogènes, donc.

- - - - - - - QT3
Galvanisés par le charisme quasi-rogerhaninien de leur coach Sidoine Benoît, décomplexés par leur bonne première mi-temps, les Normands reprenaient le match à cent à l'heure.

Clément Billet envoyait une longue passe dans la direction approximative d'éventuels receveurs survivants. On vit alors le jeune Younes Cravello s'arracher au vice et à la violence des Renegades, pour se ruer sur la balle qui avait survolé la traditionnelle mêlée centrale. Le souffle de Hilbe sur sa nuque (L'irlandais tentait un retour désespéré) ne troubla pas le blitzer qui connut le bonheur de marquer son premier but dans la ligue dès...le premier tir.
8-0 pour les Bouchers !

[Cravello, un homme qui sait gérer la pression...et la concurrence puisque Caen (doutant de ses qualités) venait de s'offrir les services du suédois Oliver Wikander pour près de 1100 euros]
- - - - - - - - QT4
Un coup dur pour les Belfast Renegades qui décidèrent, en quatrième période, d'un baroud d'honneur...sous forme de rush !
Les rudes leçons d'Athènes (défaite 10-0) et un exemplaire de "La défense pour les nuls" dédicacé par Fradeb permirent aux Caennais de répondre relativement efficacement à la manoeuvre, et Julien Sebag limitait dans un style puissant le porteur Wallis à 1 point.


Fin d'un match intense (intérêt 1467) . Score définitif 8 - 1 pour les Locaux.
Il fallut un plaquage d'Adam Lanteri pour arracher Sidoine Benoît à la contemplation béate, quasi-mystique du panneau d'affichage.

La présence de la franchise normande en ligue professionnelle d'ultraball n'apparait plus comme une plaisanterie, ou un simple coup commercial.

Il faudra bel et bien composer avec leurs tripes...

 

Par Sidoine Benoît - Publié dans : Any given sunday
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Mardi 7 octobre 2008
[*Les danses normandes sont pour la plupart des rondes chantées connues sous le nom de..."branles", d'où "pas de branle".
Détails du branle normand ici :
http://www.marcosalcolea.com/eurorhythm/docs/FRANCE.pdf ]

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Open League 2116 - Semaine 7

Kermetz Breizkillers (0) / Caen Bouchers Abattants (18)

L'imposant Sidoine Benoît, couperose radieuse et ventre généreux, pénètre d'un pas presque aérien dans la salle de presse du Chouchen Stadium, à présent vidé de 8278 supporters bretons passablement écoeurés.
Rapide poignée de main à un journaliste caennais réputé pour la subjectivité totale de ses commentaires, sourire timide à destination des rangs clairsemés de la presse locale et internationale, évaluation discrète de la présence féminine...
Le manager "visiteur" s'installe, toussotte, tapote le micro et entreprend d'accomplir son devoir.
Début de conférence poussif.
Benoît a fait quelques progrès dans l'exercice imposé de l'interview d'après-match mais sa réserve, sa prudence - et une certaine lenteur - n'en font pas un "bon client".
Si l'ancien moine, l'ex-boucher itinérant peut - en familière compagnie - se faire presque l'égal d'un Reichmann ou d'un Drucker (figures antiques de l'éloquence), micros tendus, caméras à l'affût (et décolleté pigeonnant d'une brunette au premier rang) ne manquent pas de produire sur lui un effet tristement inhibant.
Sidoine bredouille. Sidoine rougit. Sidoine transpire et essuie ses grosses mains sur son pantalon de velours cotelé. Sidoine n'ose plus regarder le premier rang.
Banalités et platitudes s'enchaînent à rythme lent. Le vieux pays des bardes n'inspire guère le coach caennais.
La chute soudaine d'un journaliste endormi fait sursauter tout le monde.
Une montre sonne, et met un peu d'ambiance dans la salle.

Quelques carafons de boisson locale sont amenés à la table de l'orateur mou, présents généreux - et fort bien accueillis - de la délicieuse propriétaire des Kermetz Breizkillers, Mademoiselle Kely Diote.
- "Héhé..on sait recevoir, chez nos voisins bretons..."
La main a cessé de trembler, en se posant sur l'anse.

L'ambiance devient franchement conviviale, récréative, lorsque Sidoine Benoît fait circuler remontant et gobelets dans toute la salle. Chacun est heureux d'échapper, pour un instant, à la pénibilité d'un entretien lénifiant.

La pause chouchen perdure. Mademoiselle Diote a été généreuse en hydromel.

Sidoine, manager vainqueur et homme abreuvé, semble avoir progressivement gagné en assurance. Le timide devient bavard.
Son débit gagne en rapidité. Son oeil ne fuit plus jupes courtes et balcons garnis. Ses gros coudes se posent franchement sur la table et son regard s'anime...
Il revisse d'un geste viril sa "casquette sponsor" sur son crâne et, d'une voix forte, redonne sens à l'interview...

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- "Je suis ben fier des gars qui ont, encore une fois, tout donné.
Ceux qui croyaient qu'on allait se faire botter le cul hors de nos bases n'ont plus qu'à manger leur chapeau, si je puis me permettre...
Au-delà du score [18-0], je retiens la manière et l'état d'esprit. On a produit, ce soir !
Du bonus, du kill, des buts...
On a prouvé qu'on pouvait "frapper" de toutes les manières possibles.
Les Breizkillers présentaient  peut-être une équipe diminuée, mais il fallait tout de même réussir à imposer notre jeu dans leur antre ! Je crois que ce soâr, on a su en exprimer toutes les composantes avec bonheur !

- Réussite maximum, quand même, Monsieur Sid' ! Objecte un Breton accrédité.

- Réussite ? Si obtenir d'un gars qu'il fasse simplement son boulot s'apparente pour vous à de la chance, alors je vous conseille de ne jamais devenir patron ah ah ah !
Les systèmes ont été productifs parce que les gars se sont appliqués. Ils ont été sérieux et...

- Kant on foit le provil de zes garzons, on z'étonn-heu qu'ils puizent êtr-heu auzi produktifs ! Remarque sournoisement un observateur étranger.

- Hé toi, le Goth, encore un mot de ce genre sur mes gars et tu découvriras qu'on peut apprendre le close combat en Abbaye, entre Matines et Laudes !
C'est un travail acharné qui a fait du petit Billet un passeur respectable (3 passes, 1 assist), et il a fallu beaucoup de boulot pour développer sa belle relation avec le blitzer Younes Cravello.
Sur un plan sportif, évidemment, ne souriez pas comme des crétins...



[En photo : Christophe Billet. Représente peut-être l'avenir de la franchise caennaise au poste de Quarterback, mais pas celui de la coiffure française.

M = 4
QT = 8
PA = 18
A = 1

23 ans, 1,81 m
Passe : 32 ]


- Billette, Clavello..parlons-yen youstément !

- Ah ça vous énerve, hein, de voir deux types surgis de nulle part, des chèvres, des brêles, des bouses sortir des matches d'anthologie ! Manquerait plus qu'ils soient dans l'équipe de la semaine ces deux là héhé !
Je vous invite à aller voir Cravello sous sa douche. Le portrait craché de Saint-Virenque.
Large comme ma main et une tête de furet. Mais quel coeur !
C'est ça le secret de ces gars...
Ah...le petit Cravello...
En voilà un que la conccurence a aiguillonné ! Lorsque j'ai engagé Wikander le Viking, je pensais que Younes serait juste bon à servir de cintre, en vestiaire.
Il est devenu indiscutable à son poste et l'idole de la Tripière, à ma grande surprise.

- Vous croyez que Younes Cravello va briller encore longtemps ?

- S'il garde cet état d'esprit et s'il évite les chocs frontaux...

- Il est frachile à ze point ?

- Je redoute à chaque quart temps offensif d'entendre comme un bruit de chips croqué sur le terrain.

- A part vos deux as...d'autres motifs de satisfaction, coach ?

- On a des chercheurs qui cherchent, des joueurs qui jouent, des supporters qui supportent, des administrateurs qui...

- Pitié !

- La machine Bouchers-Abattants tourne rond, pour l'heure. Nous avons d'ailleurs commencé à former les Cravello et les Billet de demain en ouvrant un centre de formation. Mais on ne s'enflamme pas, c'est pas le genre de la maison. Et puis, il faudra bientôt aller galérer à Mourmelon, et se coltiner - en plus du bled - des Dragons affamés. Ce sera dur de tirer des lardons de telles bestioles...

- Vous n'avez pas évoqué la signature d'un nouvel étranger...

[En photo : Quoc Khahn Luong. Le bloqueur chinois est venu terminer sa riche carrière à Caen.
A testé les méthodes françaises d'épilation du torse. Ne s'en est jamais tout à fait remis.
M = 1
QT = 3
K = 1
PT = 3

28 ans, 1,80 m
Combat : 31]


- Après Oliver Wikander qui nous a apporté...heu...nous a apporté beaucoup de fraîcheur, on a eu l'opportunité de faire venir le bloqueur chinois Quoc Luong. On a tenté le coup, et on a l'a eu. Quoc, c'est un pari sur le court-terme.

- Ce n'est pas une grande affaire ! Ce vieux cheval ira à l'abattoir en fin d'année et on ne voit pas comment il pourrait s'adapter rapidement à une équipe de bleus et à un régime alimentaire basé sur le gras.

- Et si je te dis que Quoc Luong sous ses nouvelles couleurs, c'est un match...trois points et un kill, tu réponds quoi, blaireau ?

- Huuu...

- Le Chinois est venu faire profiter le groupe de sa grosse expérience. Tout le monde l'adore et sa mémoire de 5 lui permet de s'attaquer déjà, à la lecture de Oui-oui en langue française. Il a trouvé un appartement à la Pierre-Heuzée et son visage n'exprime jamais que le bonheur. Il est chez nous comme un Quoc en pâte. Pigé ?

L'arrogance virulente et l'humour douteux de Sidoine Benoît, vilainement stimulés par l'absorption rapide de plusieurs cruchons de chouchen, jettent un froid soudain sur la petite assemblée.
Le flux de question se tarit d'un coup.
Le silence perdure, bientôt rompu par le raclement de la chaise de Benoît, qui se lève et quitte la salle...revient pour récupérer ses pichets...et repart en arborant un air très digne, quoique légèrement violacé.
On l'entend s'éloigner, chantonnant dans le couloir menant aux vestiaires...

"Ils étaient quatre pauvres diables
Qui n'avaient rien pour se chauffer
Ils ont tous chié sur la table
Et s'sont chauffé à la fumée.

Il ont des chapeaux ronds
Vive le Bretagne
Il ont des chapeaux ronds
Vive les Bretons"

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- "L'a un peu chopé le melon, commente peu après un reporter du "Sun of Morbihan".

- S'il était Breton, y'aurait déjà une galette à son nom, rétorque Hervé Lecocu, "journaliste" arborant un pin's caennais.

- Une galette à l'andouille, pour sûr !

- On s'en régalerait, par chez nous, au Mont-Saint-Michel, héhéhé...

- Sale vache de Normand !

- Gros porc de Breton !

S'ensuit une bagarre général opposant les presses régionales.

Les caméras n'en ratent rien. La rixe consolera peut-être les holo-spectaeurs d'un match limité à un intérêt de 1110.

Générique envoyé sur un dernier plan de Lecocu retirant des morceaux de carafe de son cuir chevelu.

 

 

 

Par Sidoine Benoît - Publié dans : Any given sunday
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Vendredi 17 octobre 2008

Mourmelon Dragons [0] - Bouchers Abattants [5]
Open League - Match 8


Le boucher frais du jour :
Oliver Wikander
"Sponge"
27 ans, 1,98 m
5 matches, 1but
Tir : 36
"Un immense professionnel qui apportera son sérieux, sa rigueur et son expérience à un groupe jeune" S. Benoît


Millenium Stadium de Mourmelon. Fin de match tendue.
Les cheveux de 8725 spectateurs payants - arrachés de dépit - tapissent le sol des tribunes.
Le temps réglementaire est terminé, mais Dragons régionaux et Bouchers visiteurs continuent de se distribuer des pêches à l'entrée du long tunnel menant aux vestiaires.

[Des images permettant de justifier la hauteur des droits de diffusion bien davantage que le match lui-même - des-intérêt de 1111]

Le blitzer poids-mouche Younes Cravello, auteur d'un match transparent (3 QT, ligne de stats vierge), essaie de prouver - hargneux - que la masse physique ne fait pas tout dans une baston, et échoue à vérifier l'hypothèse de départ.
Puissent ses fonctions reproductives ne pas avoir été totalement annihilées lors de la démonstration...

Le passeur Christophe Billet, presque parvenu au cordon de sécurité des officiels UB se fait intercepter...pour la troisième fois dans la soirée !
Un coup de boule d'école signé Chagnollaud. Un solide, ce Dragon (7/7 plaquages) et le symbole d'une équipe qui défend avec férocité (16 plaquages pour le seul Karbasnikoff), agrippant, sackant et interceptant avec une intensité de sauriens [2/2 attaques normandes brisées] !

Côté champenois, il ne manquait - pour sabrer le champagne après quelques têtes de Normands - qu'un minimum de réalisme offensif.
Or...
On rira beaucoup, longtemps et partout (Jusqu'aux Bermudes...ou en Jamaïque si ça se trouve ^^) de ce tir - l'un des plus affligeants de l'histoire - signé Karbasnikoff.

Le ralenti montre bien le Dragon (QT4, phase11) récupérer la balle en case 30, foncer en 20 et faire feu une première fois à distance moyenne. Echec.
Le cauchemard du coach Dragon est à venir.
Le garçon, totalement démarqué, récupère la balle en case 19. C'est la phase 12 du quatrième quart, l'égalisation de Mourmelon dépend d'un tir à bout portant. Personne sur le dos... Le public se lève, exulte puis observe "Karba" qui...laisse tomber la balle à ses pieds, comme tétanisé...(effet secondaire d'un stimulant ?)
Incrédulité, sentiment d'injustice (Karbasnikoff méritait tant de voir son travail défensif récompensé)...
Le stade gronde et souffle de la fumée.
Ambiance pourrie. Les nerfs lâchent.
La situation dégénère rapidement sur le terrain, pour le plus grand bonheur de la réalisation.
Les journalistes, évidemment, font semblant de s'offusquer.
[- "Oulalala, Jean-Marc, regardez ce coup de genou porté dans les parties de Cravello...ce geste technique aurait été splendide lors du temps réglementaire, mais là...
- Tout à fait, ce n'est pas acceptable dès lors que l'arbitre a...ouch...ah oui...de bas en haut...très technique, magnifique ! C'est du Bérard ça !]


Néanmoins, les costauds de la franchise normande, les Sebag, Carriou, Luong, Manneville parviennent à se frayer un chemin jusqu'aux abords du tunnel tout en escortant le staff normand.
Mourmelon, champ de bataille.
Gros plan sur le chinois Luong, que l'on voit - tigre contre Dragons - virevolter parmi des adversaires et pratiquer allégrement - à leurs dépens -  la terrible "fourchette".
Magnifique témoignage, par le geste, de sa parfaite intégration.

Le bon peuple de Champagne n'a pas digéré le dénouement grotesque et désastreux du match, le premier de l'histoire de la franchise.
Du haut des tribunes qui surplombent le passage vers la sécurité toute relative du souterrain, tombent sièges arrachés, molards et quolibets multiples !
- "Pas possible d'avoir autant de bol !"
- "Barrez-vous les cocus !"
- "Hé Benoît, où qu'elle est ta femme ?"
- "Oubliez pas les couilles à Cravello !"
- "Le lait cru ça pue !"
- "Vive la Bretagne"
- "
Casse-toi ou je te troue, Normand !"


Le seul à arborer un sourire agaçant toute la soirée (match, baston, après-match) demeura le blitzer suédois Wikander (5 points).
On découvrit même - en direct - à quel point un scandinave pouvait être bavard, grâce à la technologie "Translator-Windob"

*grésillement*
- "Hej' ! Z'avez vu ce contre que - Tack - je leur ai mis ! Z'avez vu ce que - Ogla - c'est, un tir de mec ? C'est quand même aut' chose que - Abba - du Cravello ou du Karbasnikoff, non ?
Oui, l'a fallu que je fasse - Greta - sans système annoncé pour moi. On sait que ça c'est - Garbo - réservé à ce petit enfoiré de Cravello [...]
J'ai le plus grand - Borg - respect pour Coach Sidoine, mais je m'étonne qu'il confie les - Hibo - clés du jeu à un type comme Billet, qui envoie - Nobel - des passes un peu au pif.
Revanche ? Pas du tout, j'adore mes - Krisprol - collègues..."


Par Sidoine Benoît - Publié dans : Any given sunday
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Samedi 25 octobre 2008

Open league - Match 9

Bouchers-Abattants de Caen : 5 - Chacals de Kindu : 18


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Caen, Basse-Normandie.
Sous-sol du stade de la Triperie.

La médecine au secours des joueurs de l'Asba...

On note que le personnel médical doit composer avec la présence inappropriée des familles et de nombreux fans...*

 

 

 



Salle de conférence du stade des Bouchers-Abattants.
Pas d'interview, au soir du "Massacre de la Triperie" (6 kills infligés aux locaux par les Chacals de Kindu).
Le lieu a été transformé en hôpital de campagne.
Familles inquiètes et "fans" animés par une curiosité malsaine (intérêt : 1254) ont débordé le service de sécurité et pris d'assaut l'endroit, respectant à peine la frontière des rideaux pudiquement tirés sur les carcasses des joueurs normands désossés par meilleurs artisans qu'eux-mêmes.
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Sidoine, presque paternel, tapota doucement la main de Christophe Billet et - comme ce dernier lui adressait un sourire fatigué - s'efforça de ne pas manifester de frayeur devant le gouffre béant d'une bouche intégralement édentée...

*Ton artificiellement joyeux*


- Il a l'air confortable ton lit, et...heum...les tuyaux semblent propres.
- Fui fur qu'on leur a mis une branlée, coaf. Fa valait le goup de fe facrifier...
- Oui, c'est ça mon gars, ça valait le coup... Va falloir te reposer maintenant. T'inquiète pas pour tes gencives, on les repeuplera aux frais du club.
- Fa doit ba être zoli zoli à regarder...
- Tu...tu es toujours beau gosse, Chris, t'inquiète. Le fait de devoir manger de la purée pendant un an n'y changera rien.
- Vous favez, ve m'étais vamais pris une telle série de pains. Fa fait réfléchir.
- Allons, allons, t'auras ta dermale...un jour...Tu vas pas te laisser abattre pour...si peu.
- Ve vais en barler avec ma gobine..V'ai eu fi peur ! V'étaient ba normaux ces gars-là...les Facals !
- Il faut oublier ces barbares. Ne songe plus, désormais, qu'à te reposer...
- F'est quoi, les bruits, à côté ?
- Il...il y a d'autres lits, derrière ce rideau.
- Ho ? On en a explové combien de fes falauds de Facals, coaf ?
- Dors, mon gars, dors...
- Mais...f'est pas la voix de Cravello ? On dirait qu'il fouffre atrofement !
- Juste une épaule disloquée. Kindu a joué les articulations à fond".

Sidoine poussa un gros soupir puis essuya un filet de bave coulant de la bouche de son passeur sous morphine.
Billet défiguré.
Cravello "plié".
L'entraîneur, prématurément vieilli, écarta doucement un rideau blanc pour approcher un autre lit.
Un médecin s'efforçait de redonner un sens au corps de Manneville.
Plus loin, "Sponge" Wikander pleurait sa colonne vertébrale "recroquevillée" par un Chacal taquin.
Carriou, en état de choc, pleurait dans les bras d'une infimière depuis sa sortie, peut-être parce que son nez n'en était plus un.
Warsmann observait avec étonnement son pied tourné côté cheville, tout en chantonnant un air ancien, évoquant une maman et des bobos.

Seigneur, six titulaires sur le carreau, songea l'ancien moine en se signant.
- "Docteur ?
L'homme détourna son visage concentré du puzzle Emilien Manneville.
- Oui, monsieur Benoît ?
- Vous aimez la Finlande ?
- Il y fait très froid et...
- Passez quelques chandails en notes de frais. Je crois que j'aurai encore besoin de vous...
  A Tammela.


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* Précision sur la photo : J'ai pris soin de ne pas lier à cet "article" une photo de drame, ou de catastrophe naturelle ou humanitaire. Cette image représente un hôpital de campagne (grec) sillonnant les régions rurales (confrontées à des problèmes de sous-équipement médical). Les personnes représentées sont simplement en attente de consultation... 
Et peut-être, après tout, fans de l'ASBA ;o)

Par Sidoine Benoît - Publié dans : Any given sunday
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Dimanche 9 novembre 2008








Ils font la fierté de leur région :


Francis et Jacqueline gagnent un abonnement d'une saison en tribune Flavie Flament.











 
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Bien sûr, il y avait eu cette Saint-Barthélémy façon Ultraball, ce "Massacre de la Triperie", ce Requiem pour Bouchers offert par la rugueuse franchise de Kindu.
Six joueurs hospitalisés. 
Manneville resterait probablement boiteux. Quant à Cravello...son visage n'avait pu être que "globalement" reconstitué.
Ses célèbres virées nocturnes au Paradise-Club seraient désormais limitées à la soirée Halloween.
Quelles sales bêtes, ces Chacals...

Sidoine ferma les yeux, croisa ses grosses mains derrière la nuque, et appuya - dans un craquement familier - son large dos sur le cuir de son fauteuil.
- "Une putain de claque" lâcha le manager normand pour lui même, en posant les pieds sur son bureau.


Bien sûr, il y avait eu les assauts réguliers du doute, de l'inquiétude, le poids de ses responsabilités nouvelles...et ces pertes de cheveux contrariantes, chaque veille de match.


Bien sûr, il avait fallu apprivoiser sa propre image et supporter la médiatisation de son bégaiement, de sa transpiration, de son double-menton. Assumer la relecture, dans la presse sportive, de ses déclarations navrantes, de ses gaffes, de ses lapalissades, voire parfois de propos qu'il n'avait jamais tenus.
Il avait fallu s'endurcir, apprendre à bluffer, à mentir parfois.
Sidoine soupira lourdement...
Pathétique.

- "Diseur !
Sir ?
- Sonate n°8, Beethoven. L'adagio cantabile, je te prie.
- Sir yes sir !"


Le robot musical émit une sorte de grognement satisfait lorsqu'il s'empressa d'extraire le trésor classique de sa mémoire presque infinie.
Les premières notes de piano emplirent bientôt le bureau du coach soudainement méditatif.
Les visages tuméfiés de ses joueurs défilaient, trogne après trogne, dans son esprit.
Il sourit, en songeant qu'il aimait chacune de ces têtes de noeuds. Oui...même ce cafard de Billet.


Un cigare jamaïcain vint prendre place sur le sourire benoît de Sidoine.
Buster avait eu la générosité d'un Prince, lors de sa récente visite en Normandie (Bouchers 5 - Rockets 5).
Solitude choisie. Fauteuil confortable. Musique sublime. Merveilleux cigare.
Savourer.


La nouvelle direction bicéphale de la Coopérative (Patrick Reo - Hervé Boulard) venait de lui faire part de sa "satisfaction globale quant aux questions relatives au sujet ayant trait, directement ou indirectement, au plan que l'on pourrait qualifier de sportif".
Bicéphalie spongiforme ?
7 matches : 5 victoires, un nul méritoire face aux Rockets et le festin des Chacals.
De la réussite, parfois, mais un fond de jeu cohérent malgré quelques boulettes riches d'enseignements.
Exercice satisfaisant, jugea Benoît.


La nouvelle secrétaire pénétra dans l'espace sidonien sur la pointe des pieds, et déposa presque aux siens un café-calva fumant.

Sidoine se régala d'une première gorgée revigorante, puis de la retraite ondulante de Pamela-Ingrid qui n'avait de lourdeurs que dans le prénom...
-"Délicieux"...
- Diseur ?
- Sir ?
- Barber. Adagio for...strings...



Difficile de juger la progression de la franchise en matière de développement technologique et de détection de talents. Le travail ne faisait que commencer.
La question de l'image du club restait à examiner de près. Les Bouchers étaient une marque, vouée à vendre des tickets, des maillots et à promouvoir la vente de viande normande jusque dans les endroits les plus improbables.
Les Bermudes, tiens, pourquoi pas ?
Les investisseurs ruraux comptaient donc sur une montée rapide. Dès la saison à venir.
S'il se ratait...


La douceur mélancolique des violons, et - bizarrement - le fantôme de Jean-Luc Godard emplirent le coeur de Sidoine d'un désespoir très sain.
« La télévision fabrique de l'oubli. Le cinéma fabrique des souvenirs... »
Hein ?
Qui se souvenait encore de la télévision et du cinéma ?

- "Putain, les boules..."
- Sir ?
- Non...rien, Diseur. Confirmation Barber."

Bizarre, ce coup de blues, tout à coup
.
La pensée d'avoir perdu - avec le statut de rookie - un peu de son innocence ?
Sidoine se demanda si Klaxon et Buster, jeunes confrères estimés, éprouvaient des sensations identiques.
Peur de l'avenir...
Les virages de la Triperie scanderaient-ils à nouveau son nom ?
Parviendrait-il à maintenir l'unité de l'équipe, en dépit de la présence massive - dans son vestiaire - de petits cons prétentieux ?
Réussirait-il à conserver le joueur remarquable de l'équipe. Pourrait-il continuer à le laisser délibérément dans l'ombre, loin de l'oeil des scouts adverses ?
Ses blitzers de bas-étage seraient-ils encore capables de se sublimer ?
Peut-on sprinter jusqu'en 27 avec des chevilles enflées ?


Les doigts de Sidoine se crispèrent sur la tasse encore tiède.
Ces fouille-merdes de journaleux avaient-ils découvert – outre sa calvitie naissante – le caractère pathologique de son alcoolisme ?
Putain de pression !


- "Diseur !
- Sir ?
- Bright side of life. Monty Pithon..."

Par Sidoine Benoît - Publié dans : Une vitrine pour la découpe bouchère
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