[*Les danses normandes sont pour la plupart des rondes chantées connues sous le nom
de..."branles", d'où "pas de branle".
Détails du branle normand ici : http://www.marcosalcolea.com/eurorhythm/docs/FRANCE.pdf ]
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Open League 2116 - Semaine 7
Kermetz Breizkillers (0) / Caen Bouchers Abattants (18)
L'imposant Sidoine Benoît, couperose radieuse et ventre généreux, pénètre d'un pas presque aérien dans la salle de presse du
Chouchen Stadium, à présent vidé de 8278 supporters bretons passablement écoeurés.
Rapide poignée de main à un journaliste caennais réputé pour la subjectivité
totale de ses commentaires, sourire timide à destination des rangs clairsemés de la presse locale et internationale, évaluation discrète de la présence
féminine...
Le manager "visiteur" s'installe, toussotte, tapote le micro et entreprend
d'accomplir son devoir.
Début de conférence poussif.
Benoît a fait quelques progrès dans l'exercice imposé de l'interview d'après-match mais sa réserve, sa prudence - et une certaine lenteur - n'en font pas un "bon
client".
Si l'ancien moine, l'ex-boucher itinérant peut - en familière compagnie - se faire
presque l'égal d'un Reichmann ou d'un Drucker (figures antiques de l'éloquence), micros tendus, caméras à l'affût (et décolleté pigeonnant d'une brunette au premier rang) ne manquent pas de
produire sur lui un effet tristement inhibant.
Sidoine bredouille. Sidoine rougit. Sidoine transpire et essuie ses grosses mains sur son pantalon de velours cotelé. Sidoine n'ose plus regarder le premier
rang.
Banalités et platitudes s'enchaînent à rythme lent. Le vieux pays des bardes
n'inspire guère le coach caennais.
La chute soudaine d'un journaliste endormi fait sursauter tout le monde.
Une montre sonne, et met un peu d'ambiance dans la salle.
Quelques carafons de boisson locale sont amenés à la table de l'orateur mou,
présents généreux - et fort bien accueillis - de la délicieuse propriétaire des Kermetz Breizkillers, Mademoiselle Kely
Diote.
- "Héhé..on sait recevoir, chez nos voisins bretons..."
La main a cessé de trembler, en se posant sur
l'anse.
L'ambiance devient franchement conviviale, récréative, lorsque Sidoine Benoît fait
circuler remontant et gobelets dans toute la salle. Chacun est heureux d'échapper, pour un instant, à la pénibilité d'un entretien
lénifiant.
La pause chouchen perdure. Mademoiselle Diote a été généreuse en
hydromel.
Sidoine, manager vainqueur et homme abreuvé, semble avoir progressivement gagné en
assurance. Le timide devient bavard.
Son débit gagne en rapidité. Son oeil ne fuit plus jupes courtes et balcons garnis. Ses gros coudes se
posent franchement sur la table et son regard s'anime...
Il revisse d'un geste viril sa "casquette sponsor" sur son crâne et, d'une voix forte, redonne
sens à l'interview...
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- "Je suis ben fier des gars qui ont, encore une fois, tout donné.
Ceux qui croyaient qu'on allait se faire botter le cul hors de nos bases n'ont plus qu'à manger leur chapeau, si je puis me
permettre...
Au-delà du score [18-0], je retiens la manière et
l'état d'esprit. On a produit, ce soir !
Du bonus, du kill, des buts...
On a prouvé qu'on pouvait "frapper" de toutes les manières possibles.
Les Breizkillers présentaient peut-être une équipe diminuée, mais il
fallait tout de même réussir à imposer notre jeu dans leur antre ! Je crois que ce soâr, on a su en exprimer toutes les composantes avec bonheur !
- Réussite
maximum, quand même, Monsieur Sid' ! Objecte un Breton accrédité.
- Réussite ? Si obtenir d'un gars qu'il fasse simplement son boulot s'apparente pour vous à de la chance, alors je vous conseille de ne jamais
devenir patron ah ah ah !
Les systèmes ont été productifs parce que les gars se sont appliqués. Ils ont été sérieux
et...
- Kant on
foit le provil de zes garzons, on z'étonn-heu qu'ils puizent êtr-heu auzi produktifs ! Remarque sournoisement un observateur
étranger.
- Hé toi, le Goth, encore un mot de ce genre sur mes gars et tu découvriras qu'on
peut apprendre le close combat en Abbaye, entre Matines et Laudes !
C'est un travail acharné qui a fait du petit Billet un passeur respectable (3 passes, 1 assist), et il a fallu beaucoup de boulot pour développer
sa belle relation avec le blitzer Younes Cravello.
Sur un plan sportif, évidemment, ne souriez pas comme des
crétins...
[En photo : Christophe Billet. Représente peut-être
l'avenir de la franchise caennaise au poste de Quarterback, mais pas celui de la coiffure française.
M = 4
QT = 8
PA = 18
A = 1
23 ans, 1,81 m
Passe : 32 ]
- Billette, Clavello..parlons-yen youstément !
- Ah ça vous énerve, hein, de voir deux types surgis de nulle part, des
chèvres, des brêles, des bouses sortir des matches d'anthologie ! Manquerait plus qu'ils soient dans l'équipe de la semaine ces deux là
héhé !
Je
vous invite à aller voir Cravello sous sa douche. Le portrait craché de Saint-Virenque.
Large comme ma main et une tête de furet. Mais quel coeur !
C'est ça le secret de ces gars...
Ah...le petit Cravello...
En voilà un que la conccurence a aiguillonné ! Lorsque j'ai engagé Wikander le Viking, je pensais que Younes serait juste bon à servir de cintre, en
vestiaire.
Il
est devenu indiscutable à son poste et l'idole de la Tripière, à ma grande surprise.
- Vous croyez que Younes Cravello va briller encore longtemps
?
- S'il garde cet état d'esprit et s'il évite les chocs
frontaux...
- Il est frachile à ze point
?
- Je redoute à chaque quart temps offensif d'entendre comme un bruit de chips
croqué sur le terrain.
- A part vos deux as...d'autres motifs de satisfaction, coach
?
- On a des chercheurs qui cherchent, des joueurs qui jouent, des supporters qui
supportent, des administrateurs qui...
- Pitié
!
- La machine Bouchers-Abattants tourne rond, pour l'heure. Nous avons d'ailleurs
commencé à former les Cravello et les Billet de demain en ouvrant un centre de formation. Mais on ne s'enflamme pas, c'est pas le genre de la maison. Et puis, il faudra bientôt aller galérer à
Mourmelon, et se coltiner - en plus du bled - des Dragons affamés. Ce sera dur de tirer des lardons de telles
bestioles...
- Vous n'avez pas évoqué la signature d'un nouvel étranger...
[En photo : Quoc Khahn Luong. Le bloqueur chinois est venu terminer sa riche carrière à Caen.
A testé les méthodes françaises d'épilation du torse. Ne s'en est jamais tout à fait remis.
M = 1
QT = 3
K = 1
PT = 3
28 ans, 1,80 m
Combat : 31]
- Après Oliver Wikander qui nous a apporté...heu...nous a apporté beaucoup de fraîcheur, on a eu l'opportunité de faire venir le bloqueur chinois Quoc
Luong. On a tenté le coup, et on a l'a eu. Quoc, c'est un pari sur le court-terme.
- Ce n'est pas une grande affaire ! Ce vieux cheval ira à l'abattoir en
fin d'année et on ne voit pas comment il pourrait s'adapter rapidement à une équipe de bleus et à un régime alimentaire basé sur le
gras.
- Et si je te dis que Quoc Luong sous ses nouvelles couleurs, c'est un
match...trois points et un kill, tu réponds quoi, blaireau ?
-
Huuu...
- Le Chinois est venu faire profiter le groupe de sa grosse expérience. Tout le
monde l'adore et sa mémoire de 5 lui permet de s'attaquer déjà, à la lecture de Oui-oui en langue française. Il a trouvé un appartement à la Pierre-Heuzée et son visage n'exprime jamais que le
bonheur. Il est chez nous comme un Quoc en pâte. Pigé ?
L'arrogance virulente et l'humour douteux de Sidoine Benoît, vilainement stimulés par l'absorption rapide de plusieurs cruchons de chouchen, jettent un froid
soudain sur la petite assemblée.
Le flux de question se tarit d'un coup.
Le silence perdure, bientôt rompu par le raclement de la chaise de Benoît, qui se lève et quitte la salle...revient pour récupérer ses pichets...et repart en arborant un air très digne, quoique
légèrement violacé.
On l'entend s'éloigner, chantonnant dans le couloir menant aux
vestiaires...
"Ils étaient quatre pauvres diables
Qui n'avaient rien pour se chauffer
Ils ont tous chié sur la table
Et s'sont chauffé à la fumée.
Il ont des chapeaux ronds
Vive le Bretagne
Il ont des chapeaux ronds
Vive les Bretons"
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- "L'a un peu chopé le melon, commente peu après un reporter du "Sun of
Morbihan".
- S'il était Breton, y'aurait déjà une galette à son nom, rétorque Hervé Lecocu,
"journaliste" arborant un pin's caennais.
- Une galette à l'andouille, pour sûr
!
- On s'en régalerait, par chez nous, au Mont-Saint-Michel,
héhéhé...
- Sale vache de Normand
!
- Gros porc de Breton
!
S'ensuit une bagarre général opposant les presses
régionales.
Les caméras n'en ratent rien. La rixe consolera peut-être les holo-spectaeurs d'un
match limité à un intérêt de 1110.
Générique envoyé sur un dernier plan de Lecocu retirant des morceaux de carafe de son cuir
chevelu.